Le passage de la flamme olympique par Paris fait souffler un vent de citoyenneté assez inédit sur nos médias, tous organes confondus. On dirait que le sort du Tibet réveille la conscience politique de l’opinion publique. Je m’en réjouis, mais je ne me l’explique pas.
Peut-être est-ce la force du symbole, on se souvient comme la flamme du pont de l’Alma avait pris une place cruciale dans l’imaginaire populaire au moment de la mort de Lady Di.
La pureté du feu, l’idéal, le dépassement de soi, la grandeur du sport, le lyrisme assumé de la geste olympique, tout ça, ce serait trop beau pour être sali par les exactions d’un régime dont toutes les places publiques occidentales tolèrent le reste du temps, de plus ou moins bonne grâce, et sous de plus ou moins bon prétextes, toutes les dérives?
Je précise tout de suite que je ne désapprouve pas du tout cet élan citoyen. Ce n’est pas parce qu’on aurait pu se bouger plus tôt qu’il ne faut pas se bouger, et ce n’est pas parce que c’est dérisoire qu’il faut s’en priver.
Je n’ai pas d’avis tranché sur la position à adopter, n’étant ni sportive de haut niveau (mouahahhahaha), ni décideur politique, ni entrepreneur sous contrat avec les chinois, ni même spectatrice des jeux olympiques (ou alors passivement, parce que l’Homme regarde, parfois).
Je suis juste étonnée de cette soudaine unanimité sur un sujet duquel l’opinion, dans sa grande majorité (et je m’y inclus) ignore tout, alors que j’ai le sentiment d’une profonde inertie quand on aborde des sujets qui nous concernent de plus près.
Deux poids, deux mesures, mais pourquoi? Simple effet d’optique du au partis pris éditoriaux des grands organes de presse? Lobbying efficace? Opération de communication pour détourner l’attention des citoyens des problémes de politique intérieure?
Je ne sais.
Mais que restera-t-il, une fois la cérémonie de clôture célébrée (et quelles qu’aient été les initiatives de protestation des uns et des autres), de cette belle indignation? Une page de plus que l’on tourne, sur laquelle on ne se retourne plus, et à nouveau la torpeur?
Le peuple Tibétain -comme tous les autres qui n’ont pas l’heur de faire la une de nos journaux télévisés faute de jeux olympiques à boycotter- continuera de mourir, et nous continuerons à croire que nous n’y pouvons rien (voire que cela ne nous regarde pas).
Vivre en démocratie est une chance, certes, mais aussi une grande responsabilité, parce que ce que fait notre pays, nous l’avons choisi, et que quand nous ne sommes pas satisfaits de la façon dont les gouvernants interprétent notre volonté souveraine, nous avons le droit (le devoir? ) de le faire savoir.
Vous l’aurez compris, l’actualité, ces temps-ci, me fait broyer du noir, alors parce que je veux croire que cette tendance que nous avons à prendre nos bulletins de vote pour des SMS de la Star Academy n’est pas irréversible, je me raccroche à l’idée qu’il est encore possible d’élever nos enfants dans un plus grand respect de leur responsabilité citoyenne.
La transition va peut-être vous paraître abrupte, mais quand j’ai commencé la rédaction de cette notule, c’était pour inaugurer la catégorie “cinémathèque idéale”, et vous parler d’un dessin animé plein de poésie, que j’ai hâte de pouvoir partager avec ma marmaille (je crois que la Princesse Chat est encore un peu petite pour apprécier, mais je ne vais pas résister très longtemps).
Si vous ne l’avez jamais vu, inutile d’attendre d’avoir un enfant sous la main, avant d’être divertissant, ce grand classique est surtout un chef d’oeuvre.
Pourquoi j’ai commencé par parler du Tibet, de la démocratie, et de l’éducation à la citoyenneté? Pas seulement parce que vous mettre l’affiche du film en écrivant “trouvez ce film et regardez-le” aurait été un peu chiche.
Le Roi et l’Oiseau est à la fois un film poétique et un film à message, il parle sans en avoir l’air, et même aux enfants, des grands drames politiques de l’histoire moderne. Il leur raconte le totalitarisme, la manipulation, la propagande, l’injustice et les invite à admirer des personnages épris de liberté, qui malgré leur faiblesse, savent s’unir et finalement triompher. (Pour ceux qui voudraient en savoir plus, j’ai trouvé ce lien, qui a l’air assez intéressant).
Il n’est jamais trop tôt (ni trop tard) pour éveiller le citoyen, voici un moyen fort plaisant d’y contribuer.
Au plaisir de vous lire,



4 commentaires
J’ai adoré ce film étant petite, je me souviens que ce jour là, je voulais voir “Oz”. Il n’y avait plus de place, alors maman m’a emmené voir “le roi et l’oiseau”.
Dès que le DVD est sorti, je l’ai acheté pour mon fils.
Rien qu’en regardant l’affiche sur ton blog, j’entends les oisillons chanter “le monde est une merveille…”
Ha! et il avait quel âge ton fils quand tu lui as montré? il a aimé?
Je suis en train de lire le livre à Junior, un régal. Il adore mais le texte doit parfois être “simplifié” par mes soins pour qu’il puisse suivre dans la lecture.
quant à la flamme, ma foi, si seulement le réveil citoyen qu’il a entraîné pouvait avoir un quelconque impact sur la Chine, ce dont je doute…
@Madame Poppins: merci de ton passage, et de ton message. J’ignorais l’existence du livre (enfin je n’y avais pas songé, disons), ça me titille bien, du coup, je vais me renseigner.