ça y est, ça commence…

Ma mimi souris, 3 ans et demi au compteur, a toujours été un bébé anxieux. Arrivée dans notre vie à un moment difficile, elle a peut-être absorbé une partie des tensions et des ondes négatives que je portais en berçant ses premiers sommeils, où alors c’est à cause du zodiaque chinois, allez savoir.

Sujette aux otites à répétition jusqu’à l’année dernière, elle avait une petite perte auditive qui s’est résorbée depuis, mais a causé un petit retard dans l’acquisition du langage intelligible… comprenez qu’elle a parlé longtemps (et beaucoup) un Javanais qui lui était propre et que nous arrivions tant bien que mal à décrypter (sa grande soeur semblant, bizarrement, tout comprendre).

Les mots lui venant petit à petit, il était logique qu’elle finisse par en mettre sur son anxiété, et qu’après les terreurs nocturnes et autres manifestations sans paroles, les premières angoisses formulées fassent leur apparition. Il fallait s’y attendre, je m’y attendais, je croyais  y être prête…. Mais en fait non.

Je n’étais pas prête à entendre tomber de ses lèvres les mots qui me terrorisaient enfant, je n’étais pas prête à voir en face, à ENTENDRE vraiment, qu’elle souffre comme je souffrais, exactement à son âge, des mêmes questions et des mêmes peurs (que, déjà excessivement prolixe, je formulais chaque nuit avec davantage de fioritures).

Quand grâce à mon rétroviseur spécial enfants, je la regardais, assise à l’arrière, dans la voiture en chemin pour le Royaume de la Souris Géante et des trouze mille princesses gnan gnan, sa jolie tête dodelinant sur son cou et ses paupières papillonnant par saccades, à la lisière du sommeil, prête à sombrer, je ne m’attendais pas à entendre sa petite voix répéter distinctement, deux fois de suite:

“bah moi maman, t’étais morte, et j’ai pleuré”.

J’y avais pourtant tellement pensé, à l’arrivée de ces angoisses de perte/ de mort, je savais avec tant de certitude qu’elles nous pendaient au nez, qu’elles étaient le rouage caché  la poussant chaque nuit à se glisser, presque somnambule, dans notre lit, pour vérifier qu’on est bien là. Mais là, dans la voiture, quand elle les a enfin formulées en (presque) bon français, j’ai juste eu un petit rire nerveux, et je lui ai dit un truc du style “ah oui? mais c’est bon, je suis bien vivante là”.

Heureusement, le portail de Disneyland Paris s’est profilé à l’horizon, balayant en un instant mon “fail” psycho-éducatif, et la Mimi n’est pour l’instant pas revenue à la charge (bon, je pavoise pas pour autant: elle est présentement dans mon lit, à étreindre mes oreillers préférés dans son sommeil à défaut de pouvoir s’agripper à moi…), c’est juste moi qui tourne et retourne dans ma tête ce moment où mon coeur s’est tordu, et où je me suis sentie si terriblement “pas à la hauteur”.

Une expérience plutôt inédite pour moi qui pratique avec zèle, et au quotidien, depuis toujours, une parentalité déculpabilisée, avec la conviction d’avoir toujours été la “good enough mother” (”mère suffisamment bonne”, par opposition à la mère parfaite, une expression un peu galvaudée tirée des travaux de Winnicott) dont mes enfants ont besoin.

Je suppose que c’est l’écho de ma propre expérience, le souvenir extrêmement ancien mais profondément ancré de ces angoisses infantiles que rien ne venait alléger, malgré les efforts déployés, par ma mère notamment, pour m’en soulager, qui rend ce petit épisode somme toute anodin si douloureux.

Est-il seulement possible d’accepter de ne pas pouvoir rassurer son enfant? Elle pleure parce que je suis mortelle, parce qu’elle a compris que je pouvais ne plus être là… je ne vais quand même pas lui dire de ne pas pleurer pour ça?

Parce que la vérité c’est que… Moi aussi mon bébé, si j’étais morte, je pleurerais, de ne pas être là pour te consoler!

Au plaisir de vous lire.

2 commentaires

  1. Publié le 6 mai 2010 à 6:11 | Permalien

    Dans l’absolu, mourir est pour moi le seul fait de redevenir poussière. Toutefois, j’ai une farouche volonté de vivre, pour éviter à mes enfants ce que j’ai vécu enfant….

    Cela dit, quand je vois la conviction profonde de mes neveux, tous ados, d’être immortels et de taille à braver tous les dangers (route, alcool, MST etc)….

    Très belle notule, très belle…

  2. Mah-Yu
    Publié le 6 mai 2010 à 21:28 | Permalien

    Merci Mme Po, je suis heureuse de te voir ici :-)

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