Ado, quand j’avais un coup de blues, il m’arrivait d’aller au kiosque à journaux et d’acheter PLEIN de magazines féminins.
Je m’en gavais, je m’en saturais, je m’en overdosais, et puis je les abandonnais dans une salle d’attente, ou sur le dessus d’une poubelle, parce que j’avais mauvaise conscience de les jeter vraiment, alors qu’ils avaient coûté si cher, et servi si peu de temps.
Le temps passant, ça m’a passé, et avec le début de ma vraie vie de femme, j’ai petit à petit, imperceptiblement, glissé dans le coeur de cible du magazine que sans vraiment le décider j’avais fini par choisir, celui que j’avais plaisir à lire même sans frénésie, sans coup de déprime à écluser, pour lequel j’aimais prendre un peu de temps à une terrasse de café ou au chaud dans mon canapé.
Elle, donc.
Une valeur sûre, en somme.
Enceinte pour la première fois, j’ai retrouvé ma boulimie d’adolescente, et j’ai acheté des tonnes de magazines pour parturientes, mais j’ai continué à lire Elle. L’Homme le lisait aussi, je me disais que la fille que j’attendais me le piquerait peutêtre un jour.
Jeune maman, et éphémère lectrice des magazines pour parents, j’étais heureuse de continuer à sacrifier à mon rituel du lundi, comme un symbole de la survivance de la femme en moi, au milieu du magma des areuh, des couches et des rototos.
De même que, jusqu’à tout récemment, je mettais un point d’honneur à l’acheter en même temps que les “pomme d’api” et autres “petit ours brun” de mes enfants.
Je m’en fichais du ridicule, du futile, du superficiel, du journalistiquement limite, j’étais, le temps d’un petit déjeuner au lit, d’un café au soleil ou d’un trajet en bus, “une lectrice de Elle“.
Cela fait pourtant un bail que je me dis que j’y prends moins de plaisir, que les moments où je suis en colère ou agacée en lisant “mon Elle” deviennent plus nombreux que ceux ou je suis amusée ou intriguée.
Mais je repoussais l’heure de lui dire adieu, à cause du symbole, à cause de la nostalgie, à cause de rien sous la main pour le remplacer.
Seulement voilà, il fallait bien que le jour vienne, et il est venu.
Si cette notule paraît seulement aujourd’hui, alors que tant d’autres l’ont précédée sur le même sujet dans la blogosphère, c’est parce que le samedi est le nouveau jour de parution du Elle, et que par conséquent, à l’heure ou vous me lisez, celui qui restera mon “dernier numéro” n’est plus en kiosque.
Or je suis convaincue que l’article qui m’a “achevée” a été en grande partie conçu pour créer le buzz (stratégie manifeste du magazine, ces derniers temps), d’obtenir de la publicité gratuite, manne incontestée en temps de crise en général, et de la presse écrite en particulier.
C’est un peu dérisoire de faire comme si le fait d’attendre une semaine me dédouanait d’avoir alimenté le buzz, et j’ai bien conscience de jouer leur jeu, quand même, mais bon, je ne veux pas non plus ne rien dire.
Il y a quelques jours, ma fille aînée de même pas 4 ans a regardé ses barbies, dans leurs robes de princesses, puis elle s’est postée devant la glace, sa jupe en tulle rose remontée jusqu’aux aisselles, et regardant son bidon rond de grand bébé dodu, elle m’a dit d’une petite voix contrariée “je suis pas belle avec mon ventre, je veux un ventre plié comme ça tout plat pour ma robe de princesse”.
Je lui ai répondu que quand elle serait plus grande, son corps serait différent, que son ventre serait moins rond et qu’elle aurait des nénés. Elle a reniflé un coup, et c’est les yeux mouillés qu’elle m’a demandé “c’est quand j’aurais quatre ans? “, avant de pousser un gros soupir, quand j’ai répondu par la négative.
Dans le Elle de la semaine dernière, Stéphanie Zwicky, belle femme très en chair et auteur du blog Big Beauty, témoigne sur le sujet “ronde et fashion”. Excellent choix de la rédaction, il suffit de faire un tour dans les commentaires de son blog pour voir qu’elle a eu une influence bénéfique sur quantité de femmes qui ne croyaient pas possible de vivre une belle relation au vêtement avec un corps que, souvent, elles voyaient comme un ennemi.
On cherchera cependant en vain une photo de Stéphanie dans les pages du magazine, l’article sur la mode des rondes étant illustré par des clichés de quatre jeunes femmes qui portent au maximum du 40, peut-être du 42 quelques jours par mois, et que la rédaction de Elle présente comme exemples du défi réussi que représente “être ronde et fashion” (j’ai hésité à mettre les photos, ou un lien vers l’article, et puis j’en ai mis une finalement. celle de la jeune femme en veste grise, histoire que vous compreniez bien mon effarement! Pour faire bonne mesure, j’ajoute donc une photo de Big Beauty)
Les “vraies rondes” qui avaient tourné les pages avec intérêt pour lire l’article ont probablement toutes pouffé de rire, levé les yeux au ciel, épluché le texte pour chercher la blague, comme je l’ai fait moi-même, mais que penser de toutes celles qui se sentent grosses dans leur 38, de celles- des toutes jeunes filles souvent- qui sont à deux doigts de se les plonger dans la gorge, toutes à leur frayeur de ne pas être dans la norme, de déborder, de ne pas être acceptées.
Un encouragement aussi explicite à considérer que dans un 40, on peut certes être fashion et sexy, mais qu’on n’en reste pas moins GROSSE, dans un magazine qui se vante si régulièrement d’être lu par les filles autant que par leurs mères, c’est trop…. “gros” pour être honnête.
La provocation est réussie, le buzz se répand, mais pareil “coup” aura-t-il un effet dopant sur les ventes? Pour ma part, il marque au contraire le début d’un “régime sans Elle” qui fera le plus grand bien à ma ligne, j’en suis certaine.
Pour le “ventre plié” des Barbies, je n’opterai pas pour le boycott (d’autres solutions sont à l’étude), mais pour l’ennemi sur papier glacé, la rupture est consommée, 20 ans après le premier, mon dernier Elle va finir à la poubelle (ce numéro là, je ne vais certainement pas le mettre dans la salle d’attente de la gynéco!).
Au plaisir de vous lire,



9 commentaires
La photo de la vraie ronde et vachement plus chic et glamour que la photo de la taille 40 qui fait la gueule… consternant choix de photo indeed et félicitation pour le sevrage Elle.
(Moi c’est leur reportage a Kaboul 2005 qui m’a dégoutée… interview de “Elle” dans la rue a dire aux nanas en Burka “mais c’est fini les talibans, enlevez la!” et de s’offusquer que les femmes Afghanes ne sortent pas avec joie leur robe courtes et leur talons aiguille pour faire du shopping…)
J’ai toujours été plus Marie Claire que Elle.
Enfin, non, pas toujours.
J’ai lu 20 ans aussi.
Mais j’ai suivi le buzz sur ces fameuses pseudo grosses et comme toi, j’ai halluciné.
Ce qui me tue, c’est que ces filles qui ont posé pour cette article et qui devaient plutôt bien s’accepter doivent maintenant penser qu’elles sont énormes.
Malin.
Merci de tes mots, encore une fois, si bien tournés, sur ce sujet qui m’a hérissé le poil.
Je me retrouve beaucoup dans ta “relation” au magazine Elle, jusqu’à son dénouement. C’était mon moment de détente du lundi soir dans le bus (j’ai gardé l’habitude de l’acheter le lundi). Ma petite récompense, mon vidage de tête après la première journée de boulot de la semaine. Mon shoot de superficialité assumée. Même si comme toi, je m’agaçais de plus en plus souvent.
Celui-ci je l’ai lu en vacances, pendant la sieste des filles, devant un petit café. J’ai été dans l’ordre incrédule, énervée, navrée et écoeurée. l’homme m’a regardée, limité effrayé, trépigner, râler, grogner, le prendre à partie
Là tout de suite, je reste sur l’écoeurement. Un peu commeun trop plein, comme ceux qui arrêtent de fumer du jour au lendemain parce que d’un seul coup la cigarette les écoeure.
Je ne sais si ce sera définitif ou si l’envie reviendra mais là c’est mort.
Par ailleurs, je crois que ça me rassurerait d’être convaincue comme toi qu’il s’agit en grande partie d’une démarche volontaire de la part de la rédaction pour provoquer un buzz mais je n’y arrive pas. Je pense malheureusement que leur déconnection avec le monde réel des gens qui se nourrissent normalement et/ou ont terminé leur puberté peut justifier à elle seule cet article grotesque.
Pour ce qui est du ventre plié des barbies, la réflexion de ta princesse chat me rend toute triste. Je me souviens, enfant, de ma grand-mère brandissant ma seule et unique barbie et vociférant sur sa taille, la longueur de ses jambes etc… (à peu près aussi énervée que moi devant mon Elle). Je n’avais pas vraiment compris son énervement à l’époque et m’étais juste sentie vaguement coupable ensuite de jouer avec cette poupée.
Mais j’y ai souvent repensé depuis.
Dans un registre un peu différent, ma misscouettes s’est vue répondre par un voisin à qui elle expliquait qu’elle allait jouer au foot avec son papa : ” Ah bon, mais le foot c’est pour les garçons !”. Tête de la miss, regard interrogateur et désappointé tourné vers nous. Il a fallu ramer derrière.
Tiens ton ventre plié et ne salis pas tes chaussures à taper dans le ballon et tu seras une femme ma fille. Rmpfff
Désolée, je me rend compte en le visualisant du caractère un peu incontinent du commentaire qui précède… surtout pour beaucoup répéter ce que tu as mieux dit mais j’ai encore l’épiderme tout chatouillé par le sujet.
Bah l’est où la sandale ?
je me suis fait une grosse absence de toile et voilà que je me rends compte que tu es “partie” peu après moi…
J’espère que tout va bien !
Biz
J’ai honte, les mois passent et je procrastine mon retour. Ton retour sur la toile me fait bien plaisir, et ton message encore plus! à très bientôt j’espère.
Ouh pinaise qu’est ce qu’elle te ressemble !!!
Et alors, à quand un retour sur la sandale ? (de la sandale? Dans la sandale?)
J’arrive de chez MBDF, je tombe sur cet article !
La semaine dernière aux galeries Lafayette, j’ai essayé des jeans au stand Diesel, et ils n’avaient ma “grande” taille que dans 2 modèles sur une douzaine je pense…
Attention, je fais du… roulement de tambour… du 40 !!!!!
Et on me prenait pour une “grosse” non mais je rêve !!!!
Quel est leur cœur de cible ? Les jeunes adolescentes anorexiques ? Ce genre de chose me rend dingue et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir !