Tota Mulier In Utero

Etant ces jours-ci peu renseignée sur l’actualité culturelle et sociale de ma ville, j’ai appris fortuitement ce soir que c’était aujourd’hui la Gay Pride (je croyais qu’elle s’était rebaptisée “marche des fiertés” mais manifestement, ça a fait long feu) et que j’avais donc été bien inspirée de ne pas m’embarquer avec mari, enfants et véhicule, dans une traversée de Paris ayant pour but avoué de m’assurer que je n’étais pas en train d’accoucher (et un peu moins avoué, d’acheter des “Saint Honoré” framboise-pistache chez Vandermeersh ou rose-framboise chez Ladurée).

De toutes façons,je n’étais donc pas en train d’accoucher.

Mais revenons à nos moutons.

Cette histoire de Gay Pride, sur fond de débats récents sur l’homoparentalité et le mariage gay, (sans compter le buzz du moment autour de la gestation pour autrui), ça m’a rappelé que, quand ce blog en était à ses tous premiers balbutiements,j’avais remis à plus tard, pour cause d’actualité trop brûlante à mon goût, la rédaction d’une notule sur Thomas Beatie.

3 mois plus tard, plus grand monde ne se souvient exactement de quoi il retourne, ni si ce Beatie est un joueur de foot, un acteur ou la victime d’un crime crapuleux.

En France en tous cas, il n’est plus “à la une”, et on ne reparlera sans doute pas de lui avant jeudi, jour où il devrait donner naissance, par césarienne, à la petite fille qu’il porte.

Car oui, souvenez-vous, Thomas Beatie est cette personne que les médias, hystériques mais un peu frileux quand même, craignant l’arnaque, se blindant de conditionnels, nous avaient présentée comme le premier “homme enceint”, déchaînant les passions, ouvrant des débats de qualité variable sur tous les supports disponibles.

Si j’ai envie de revenir sur cette histoire, ce n’est pas vraiment pour parler d’homoparentalité. Mon opinion en la matière est à peu près tranchée et je ne cherche
pas du tout à y faire adhérer qui que ce soit.

Il est des domaines, il me semble, où il faut accepter que notre opinion seule ne nous donne pas compétence à juger pour autrui, etcelui-ci en est un.

En revanche, je suis toujours irritée quand on me prend pour une idiote (souvenez-vous, je vous en parlais déjà dans la notule sur le traitement médiatique du décès d’un bébé dont les parents étaient végétaliens).

Thomas Beatie n’est pas un homme.

Il est né femme et c’est son appareil génital féminin qui lui permet de porter aujourd’hui un enfant conçu par IAD (Insémination Artificielle avec Donneur) qu’il élèvera ensuite avec Nancy, la femme avec qui il forme un couple (homosexuel, donc) stable depuis des années, et qu’il a épousée après son changement d’état civil.

Que le pays dans lequel il vit ait choisi d’appeler “changement de sexe”, en leur donnant une forme légale, la batterie de traitements hormonaux et chirurgicaux et les lourds processus administratifs que Tracy (son prénom de naissance) a traversés pour devenir officiellement Thomas ne change rien à la réalité biologique: il s’agit d’un spécimen femelle de l’espèce humaine, en état de gestation.

Mon propos n’est pas de dénoncer la possibilité de changer de sexe. Je trouve l’idée démente, mais je sais que pour la plupart de ceux qui franchissent le pas, il s’agit en quelque sorte de “réparer une erreur”, de faire coïncider le nom, le corps, l’état civil avec une identité sexuelle remontant souvent à l’enfance (voir sur cet aspect précis le très poétique “Ma Vie en Rose” d’Alain Berliner).

Je considère que mon opinion rencontre, là encore, une limite. Ce n’est vraiment pas du tout de mon ressort de juger de la légitimité d’une telle démarche, et je m’en abstiens.

Je dis que Thomas Beatie est une femme, parce qu’on parle des détails techniques de sa grossesse, mais si je devais le fréquenter, il va de soi que je respecterais son choix d’être un homme, sans états d’âme, et sans me préoccuper de savoir si oui ou non il a fait changer ses papiers et/ou son entrejambe.

En revanche, je trouve qu’il est de la responsabilité de nos médias de ne pas nous livrer de l’information à sensation, de la télé/radio/presse poubelle, tout juste bonne à faire monter la mayonnaise dans les soirées mondaines, les bars à pochetrons ou les forums de discussion.

Utiliser les faits que je viens d’évoquer, et l’histoire de ce couple, pour créer un faux débat sur “la médecine des apprentis sorciers”, les dérives de l’assistance médicale à la procréation, la mort du schéma familial traditionnel, ce n’est pas du journalisme.

Thomas et Nancy Beatie ont choisi de parler de leur histoire pour des raisons qui leur sont propres, sans doute en partie pour faire avancer le débat sur l’homoparentalité, peut-être aussi pour l’argent, parce que l’assistance médicale à la procréation coûte cher, pour tout le monde, et encore plus quand, comme eux, on se fait rembarrer par des équipes médicales qui se découvrent des scrupules insurmontables à cause de la barbe au menton de la patiente.

De ce choix qu’ils ont fait, les médias américains (le show d’Oprah Winfrey en tête), et les autres qui leur ont emboîté le pas, n’ont décidé de retenir que l’image “choc” d’un homme au ventre tendu par 5 mois de grossesse, ou celle d’une sonde d’échographie posée sur “le père” au lieu de “la mère”.

Après tout, c’est ça qui fait causer dans les chaumières, et vendre de l’espace publicitaire…

Au plaisir de vous lire,

2 commentaires

  1. Publié le 30 juin 2008 à 13:19 | Permalien

    Ouais, manifestement ça n’a pas été fastoche.
    Mais nous savons bien que la télévision et ses acolytes médiatiques sont les cabinets des miracles d’aujourd’hui, alors finalement, pourquoi s’étonner d’y voir une femme à barbe…

  2. Mah-Yu
    Publié le 9 juillet 2008 à 2:55 | Permalien

    cépafo, mais il n’est pas interdit de rêver de médias plus “éthiquement corrects”!

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