Bonne année (1387)

Ce matin à 5h48, la terre a achevé une révolution complète depuis la dernière fois que nous nous sommes souhaité bonne année, en famille, à l’occasion du Nowrooz 1386.

Nowrooz est le nouvel an iranien, une tradition qui remonte à plus de 5000 ans, à l’époque ou la Perse Zorastrienne vivait au rythme des saisons. Tout comme les fêtes païennes de l’hiver ont été annexées par le Christiannisme qui leur a accolé la célébration de Noël, les festivités du nouvel an zoroastrien ont été récupérées, à défaut de pouvoir être éradiquées, par la tradition islamique, qui a tout conservé en l’état, se contentant d’adjoindre au traditionnel plateau du “haft-sinn” un exemplaire du Coran.

De nos jours, Nowrooz est donc toujours fêté, en Iran et par la diaspora iranienne à travers le monde, aux alentours du 20 mars (la date et l’heure sont recalculés chaque année), et ce pendant 13 jours. Un plateau (”sofreh”) est disposé dans la pièce principale, sur lequel on prépare le “haft-sinn” – les sept “S”- à savoir sept choses qui, en persan, commencent par le son “S”: chez nous, le plus souvent, du vinaigre (serkeh), de l’ail (sir) des pièces de monnaie (sekkeh) du sumac (somaq) et systématiquement une pomme (sib), une jacinthe (sombol) et des “herbes” (sabzeh) à savoir des lentilles germées ou de l’herbe à chats.

En plus de cela, on ajoute un miroir (je crois que c’est pour se souvenir de l’année qui vient de passer) et le bocal du poisson rouge. Très important, le poisson rouge. Dans le mythe zoroastrien originel, la terre est sur la corne d’un taureau, lui même debout sur le dos d’un poisson. Au moment de Nowrooz, à l’instant précis où le “bang” retentit à la radio iranienne pour annoncer le changement d’année, chaque poisson rouge doit s’immobiliser, en hommage au poisson géant qui ne doit surtout pas bouger pendant que le taureau mythique fait sauter la terre d’une corne à l’autre. Quand j’étais enfant, cela me stupéfiait de voir nos deux poisssons s’immobiliser à l’instant fatidique, et en grande cartésienne que j’étais déjà, je rêvais de passer le moment de Nowrooz dans une animalerie, pour vérifier que TOUS les poissons s’immobilisaient. Je n’ai malheureusement jamais pu satisfaire ce fantasme.

Le repas de Nowrooz est souvent composé d’un riz aux herbes et au safran, avec ou sans fèves, accompagné de poisson grillé, et suivi d’une multitudes de petites sucreries de fêtes, et pâtisseries qu’on ne fait qu’à cette période de l’année. Puis, pendant treize jours, ce sont les fêtes. En Iran, ce sont les vacances, et on visite la famille, c’est le temps des étrennes données par les aînés, et des petits cadeaux distribués par “baba nowrooz”.

Le treizième jour, c’est “sizdeh beh dar”, la fin de la période de fête, on va en famille au bord d’un cours d’eau, dans lequel on jette les “sabzeh” qui, en presque deux semaines, ont bien jauni. On demande à l’eau d’emporter le jaune (la maladie et les malheurs) et de nous laisser la verdeur (la bonne santé et les bonheurs), puis, si on le souhaite, on noue des brins d’herbe sur la berge, en faisant des voeux, qui se réaliseront quand les brins se dénoueront.

Cette notule printanière inaugure mon blog, comme un bon présage, un nouveau départ. Visiteurs, visiteuses, j’espère que vous aimerez, au fil des jours, vous y promener.

Au plaisir de vous lire

6 commentaires

  1. Publié le 22 mars 2008 à 8:40 | Permalien

    C’est très poétique je ne connaissais pas du tout, merci.
    Et bienvenue à ton blog!

  2. Mah-Yu
    Publié le 22 mars 2008 à 9:19 | Permalien

    Merci pour ton commentaire (mon tout premier, snif, quelle émotion!) et à bientôt peut-être.

  3. Publié le 22 mars 2008 à 9:51 | Permalien

    Oh, très joli….
    Dis-moi : tu voyais vraiment vos poissons s’immobiliser au moment du bang ?! il faut vraiment garder sa part d’enfant, ça permet de merveilles… et puis je connais un endroit plein de hautes herbes dont je nouerai certainement quelques brins à ma prochaine visite, c’est trop joli…

  4. Mah-Yu
    Publié le 22 mars 2008 à 10:09 | Permalien

    Oui oui, ils s’immobilisaient, c’est parfaitement véridique!

  5. mmarie
    Publié le 24 mars 2008 à 12:54 | Permalien

    Bonjour Mah-Yu,
    Je découvre aujourd’hui ton blog. Et ton image.. Maintenant quand je penserai à toi il y aura tes yeux et ton demi-sourire ;-)
    Merci pour cette histoire de nouvel an et de printemps et de poissons figés, c’est drôle et fascinant. Et instructif.
    À bientôt.

  6. Mah-Yu
    Publié le 25 mars 2008 à 22:36 | Permalien

    Merci de ton passage Mmarie, j’espère que tu auras plaisir à revenir!

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