
Il y a quelques jours, ma soeur a posté, sur un célèbre réseau social sur lequel la plupart des membres de notre famille sont inscrits, la vidéo d’une chanson extraite du film d’animation “Fievel et le Nouveau Monde” (”an American Tail” en VO). But avoué: remuer le coeur de pierre de notre postado de frère… Effet madeleine immédiat chez moi: en dix secondes j’avais le coeur au bord des yeux devant ces deux souris entonnant ensemble la complainte tragique de la séparation.
Je me suis mise en quête d’extraits vidéo un peu partout sur le web, intriguée par l’urgence que je trouvais soudain à montrer ce film à mes enfants, et j’ai finalement tanné l’Homme pour qu’il me trouve la version intégrale (sur le net y’avait que trois pauvres chansons).
Détail amusant, j’ai réalisé en cours de visionnage que je n’avais jamais vu le film en version française: les répliques et les chansons me venaient systématiquement en anglais (je me suis souvenue ensuite que la cassette nous avait été ramenée des Etats-Unis par un oncle qui n’avait pas réfléchi au fait que nous étions quand même, avant tout, francophones… problème qui aurait été caduc aujourd’hui, à l’ère du dévédé multilingue, et paf, dans les dents, me voilà vieille à nouveau).

Brèfle, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos souris. Fievel Mousekevitz (Souriskevitz en VF) émigre de Russie avec sa famille pour fuir les pogroms (évoqués de façon subtile par un simple “joyeux Hanoukah” avant la scène de terreur avec chats sanguinaires, auxquels font écho les cavaliers humains qui incendient le village). Dans le bateau qu’ils prennent pour rejoindre l’Amérique (”où il n’y a pas de chats”, avec toujours en écho les passagers humains qui embarquent avec leurs modestes bagages) ils sont en compagnie d’immigrants d’autres origines, qui fuient tous la persécution des chats locaux. Tous sont convaincus que “en Amérique, il n’y a pas de chats, les rues sont pavées d’fromage”.
Peu avant d’atteindre New-York, Fievel est emporté par une tempête, et ses parents, qui le croient noyé, débarquent sans lui (mais avec sa grande soeur Tania et le bébé Yasha, personnage muet) à Ellis Island. Le souriceau, quant à lui, est recueilli par le pigeon Henri, doté d’un fort accent français, et qui habite dans une statue immense qu’il est en train de construire.
Fievel comme sa famille vont découvrir l’Amérique chacun de leur côté: la misère des immigrants, le travail dans les ateliers de confection sordides, mais surtout, ô surprise, la constante menace des chats dont ils pensaient être enfin débarrassés! Leurs chemins se frôlent à plusieurs reprises, mais ils ne se retrouvent qu’à la toute fin du film, après que toutes les souris, riches et pauvres, se soient unies pour chasser les chats grâce à un stratagème proposé par Fievel (et inspiré par une histoire racontée par son papa).
Les personnages sont mignons mais pas niais, la diversité des accents apporte une vraie richesse au film, et n’est pas exclusivement communautaire (il y a bien les juifs russes, les irlandais, les italiens, les français et les autres, mais il y a aussi le parler populaire des bas quartiers et l’accent snob de la haute), et le monde des humains, même s’il n’est que très subtilement évoqué, vient appuyer de manière pertinente les éléments de contexte historique et social.
Je crois que j’aime ce film aussi parce qu’il se donne la peine, en plus de toutes les qualités déjà citées, de s’attarder sur les relations entre les personnages, les émotions qui évoluent, les expressions du visage… toutes choses que je trouve souvent si pauvres dans les films d’animation que regardent mes mômes.
Ce soir, j’ai regardé ma fille aînée regarder “Fievel et le Nouveau Monde”, elle dont le visage se lit comme un livre, et dont la sensibilité est à fleur de peau (elle avait même hésité à regarder avec nous parce qu’elle avait trouvé la chanson “vraiment trop triste”, et j’ai du lui répéter plusieurs fois que tout finirait bien). J’ai vu ses traits se tendre et se détendre, ses sourcils se froncer, son sourire se crisper ou s’épanouir, et même ses bras s’ouvrir à la toute fin, comme si elle était, à l’instar des petites souris sur l’écran, contrôlée par les “animateurs” d’Universal Pictures. Sa soeur et son frère sont aussi restés scotchés jusqu’à la fin, malgré des passages un peu compliqués à suivre pour leurs âges.
Ce beau film d’animation, réalisé par Don Bluth et produit par Steven Spielberg, a donné lieu à des suites que je n’ai jamais eu envie de voir, de peur de rompre le charme, mais je suis heureuse de vous recommander aujourd’hui l’original, qui est apparemment ressorti au cinéma en 2002, et doit donc être trouvable en dévédé voire en véhodé.
J’ai eu envie de pleurer presque tout le temps (comme pendant Avatar, mais c’est une autre histoire, que je raconterai un autre jour), alors que non, non, non non (comme dirait la chanteuse préférée de mon fils) , je jure que je ne suis pas enceinte.
Alors bon, si vous n’avez pas d’enfants, et aucune passion particulière pour les films d’animation des années 80 (ou pour les souris qui parlent, à la rigueur), tout ça ne vous parle sans doute pas, mais pour les autres, j’espère vous avoir donné envie de laisser une chance à Fievel (à prononcer “Faille-veul”)
Au plaisir de vous lire…



5 commentaires
Rigolo, je l’ai fait visionner au bouddha il y a seulement quelques semaines aussi
ça fait plaisir de te relire ! Je n’ai pas vu Fievel et a fortiori la miss couettes non plus. Ton post donne effectivemen envie d’essayer, je mets l’idée de côté !
Jamais vu non plus…
Moi qui suis une pleureuse, on verra si ça me fait le même effet…
(et tu m’intrigues avec Avatar… )
@Callie: et ça lui a plu?
@LPPV: vous viendrez le regarder à la maison si tu veux
@Dnad: ouaaais, tu vas pleurer! (je reviens demain avec Avatar)
Bah moi aussi j’ai pleure… et c’était pas que pour mon frère (je lui ai poste la version VF juste pour lui) mais pour tous les gens que j’aime et qui sont loin (version VO)!
Bisou de la soeur !